Fermer certaines rues aux voitures pour redonner de l’espace à d’autres usages, c’est ce qu’on appelle la « piétonnisation ».
Cette démarche est de plus en plus courante dans les centres-villes et aux abords de certains lieux comme les écoles, les universités, les rues commerçantes… Elle fait pourtant parfois débat et a été au cœur des élections municipales pour certains territoires. Faisons le point sur le sujet !
La piétonnisation, quels avantages et inconvénients ?
Les avantages :
- apaisement et sécurité : moins de trafic routier, c’est moins de bruit, moins de stress, et moins de risques d’accident.
- qualité de l’air : les voitures rejettent différents polluants atmosphériques qui nuisent à la qualité de l’air et à la santé : l’oxyde d’azote (NOx) et les particules fines et ultrafines notamment (source : notre-environnement.gouv.fr). Réduire le nombre de voitures en ville, c’est améliorer l’air qu’on respire.
- attractivité : les espaces piétons sont plus agréables à vivre et à parcourir. On souhaite s’y attarder et ne plus en faire de simples lieux de passage.
- encouragement d’autres usages : en ville, entre 50 et 80% de l'espace public est réservé à la voiture et aux deux-roues motorisés (source : Ademe). Sans voitures, l’espace se libère : place aux terrasses, aux marchés, aux arbres, aux bancs, aux événements culturels… et aux mobilités durables !
Les inconvénients :
- accès et stationnement : les riverains et les commerçants redoutent parfois une moindre accessibilité en voiture. Stationnement plus éloigné, livraisons plus compliquées… la piétonnisation peut être perçue comme un élément qui complique les trajets.
- crainte de perte d’activité commerciale : la difficulté à se garer à proximité d’espaces piétonnisés laisse craindre parfois un changement d’itinéraire au profit d’espaces où il est plus facile de stationner, tels que les centres commerciaux périphériques par exemple.
Quels retours d’expérience de la piétonnisation ?
La piétonnisation des centres-villes et des campus permet de repenser les espaces pour qu'ils ne soient plus seulement traversés mais pour qu'ils deviennent plus vivants, plus propices à la circulation et aux échanges. Donnons quelques exemples :
- à Arras, la piétonnisation de la Place des Héros en 2018 a permis de redynamiser le commerce, avec un taux de vacance commerciale qui est passé de 17% à 9% (source : Ademe).
- à Dijon, la piétonnisation progressive de la Place des Cordeliers a favorisé une hausse significative du nombre de piétons, passant de 130 000 à 170 000 par jour entre 2013 et 2017, tout en améliorant la qualité de vie (source : Ademe).
- à Nancy, la piétonnisation d’une partie du cœur de ville en 2022 a augmenté à la fois le nombre de visiteurs et le nombre d’usagers des transports en commun. Une étude réalisée 6 mois après la piétonnisation montre cependant des résultats contrastés : seulement la moitié des sondés se disent satisfaits ou très satisfaits. À noter que l’étude montre un écart générationnel fort car les moins de 35 ans sont globalement beaucoup plus satisfaits que la tranche d’âge 51-70 ans (source : Ville de Nancy).
Plus largement, une étude de 2020 indique que 74 % des clients des commerces de centre-ville dans les grandes agglomérations s'y rendent à pied, à vélo ou en transports en commun (source : Cerema). Et plus de 80 % des clients sont des résidents du centre-ville.
Il y a donc parfois un décalage entre la perception de la part des automobilistes dans la clientèle des commerces de centre-ville et la réalité.
Les résultats sont plus nuancés pour les villes de taille moyenne, où la voiture est le mode privilégié pour se rendre dans les commerces, surtout dans les grandes surfaces, qu'elles se trouvent dans des communes centrales de 10 000 à 100 000 habitants ou dans des communes périphériques (source : Cerema).
Comment redonner la juste place à la marche en ville ?
L’enjeu n’est pas d’opposer marche et voiture mais de penser la complémentarité des différents modes de transports selon les usages et les alternatives possibles. Par exemple, en s’assurant qu’il est possible de se rendre facilement en transport en commun ou de stationner aux abords de la zone piétonne.
Plus largement, les choix d’aménagement dépendent beaucoup des usages d’un lieu ou d’un quartier :
- dans un quartier résidentiel, cela a souvent du sens de maintenir un accès en voiture pour des questions de praticité pour les habitants qui ont besoin de circuler avec leur véhicule. Mais cela peut aussi être intéressant de penser des aménagements pour inciter, voire contraindre les voitures à ralentir : zone 30, dos d’âne, rétrécissement de la chaussée… Car limiter la vitesse, c’est donner la possibilité au plus grand nombre de circuler plus sereinement près de chez soi. C’est aussi réduire les nuisances sonores pour les riverains.
- pour un campus universitaire, le développement d’espaces publics piétons et de cheminements agréables fait partie des leviers d’attractivité pour les étudiants et les enseignants (source : Institut Paris Région). D’autant plus que l’une des vocations d’un campus est bien d’être un lieu de rencontre et d’échange. Par exemple, sur le campus de Biologie-Santé de Bordeaux, la suppression de la traversée Est-Ouest par les voitures en 2019 a permis de redonner une place centrale aux modes actifs, tout en améliorant le cadre de vie des étudiants (source : Opération Campus Bordeaux).
- les « rues aux écoles » est une démarche initiée par la Ville de Paris qui consiste à apaiser les abords des écoles en interdisant l’accès aux véhicules motorisés, sauf pour des cas exceptionnels : véhicules de secours et des services municipaux, livraisons… Ces rues ont un revêtement différencié pour bien les identifier et comportent parfois un marquage ludique comme des marelles par exemple.
À noter que la réussite des démarches de piétonnisation repose aussi sur le fait de rendre ces espaces agréables aux piétons, avec du mobilier urbain de qualité, des fontaines à eau, ou encore une végétalisation permettant de lutter contre les îlots de chaleur. Cela permet ainsi de privilégier la marche même quand les températures grimpent !
En repensant la juste place de la voiture et la complémentarité avec les modes durables, on peut contribuer à créer une ville à la fois plus praticable et plus désirable.
